La plateforme A est morte, vive la plateforme A!

Contribution au débat d’un.e camarade de la plateforme Y pour le congrès du NPA 2018

En cette période de Congrès du NPA, on assiste à un curieux retournements de situation. Ainsi, un certain nombre de tendances de l’ex-pfA se font les hérauts de l’unité et déplorent que la plateforme A n’ait pas pu se reconstituer pour ce Congrès. Plus étonnant encore, on accuse la plateforme Y d’ajouter à la division et d’avoir refusé de s’allier à d’autres plateformes. Il est alors toujours bon d’en revenir à la réalité, car même si l’Histoire est objet à interprétation, les faits sont têtus.

La plateforme A s’est constituée pour la CN de 2016 afin de défendre une candidature indépendante du NPA pour les élections présidentielles. Malheureusement, elle n’a pas dépassé l’état d’un bloc défensif (c’est là sa vraie limite, bien plus que le fait qu’elle n’ait été qu’un accord parlementaire), et lorsque la Loi Travail a éclaté en 2016 elle a été incapable d’intervenir de façon coordonnée dans la réalité. Des désaccords d’orientation dans le mouvement et de construction n’ont pas tardé à (re)surgir. Dès lors, au lieu de s’appuyer sur son succès à la CN (40% des suffrages), elle s’est rapidement délitée et ne s’est plus réunie, abandonnant le travail de reconstruction de la gauche du parti ouvert par la constitution de la pfA. Ainsi, une réunion de la pfA a eu lieu à l’occasion de l’université d’été 2016 pour parler des présidentielles, mais n’a pas fait naître une coordination pour la campagne. Les réunions de l’équipe d’animation de la pfA ont progressivement pris fin.

Alors que le Congrès approchait, nous en étions là. C’est alors que des camarades aujourd’hui à la plateforme Y ont lancé l’idée d’une réunion de la pfA pour parler du Congrès à l’occasion de l’université d’été 2017. Ce sont elleux qui sont alléEs voir les différentes tendances, qui ont écrit un mail pour y appeler, et qui ont introduit la réunion.

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Notre idée était claire : présenter une nouvelle plateforme A pour le Congrès 2018. Nous avons publié un article le 14 septembre 2017 intitulé « Préparer le Congrès : la Plateforme A devant ses responsabilités », qui reprenait les principaux points de notre argumentation (le lien est disponible ici : https://laportioncongrue.wordpress.com/2017/09/14/preparer-le-congres-la-plateforme-a-devant-ses-responsabilites/) :

1- Le succès de la campagne Poutou est à mettre au compte de la pfA, sans laquelle elle n’aurait même pas eu lieu, puisque c’est la pfA qui a défendu la nécessité d’une campagne indépendante du NPA à la CN (même si il est indéniable que par la suite, les camarades qui ont rendu possible cette campagne ont largement dépassé les contours de la pfA). Il faut que la pfA défende ce bilan politique au Congrès. Par ailleurs, à cette CN, la pfA a obtenu 40% des suffrages. C’est énorme, et cela montre que la pfA unie peut convaincre largement dans le parti.

2- Sans nier les désaccords réels qui existent au sein de la pfA, la pfA est d’accord sur l’essentiel des délimitations nécessaires au NPA : délimitations stratégique, de parti, et de programme. Nous listions ainsi :

« Au sein de la PfA, nous sommes d’accord pour construire, en toute indépendance vis-à-vis des réformistes et de l’État, un parti révolutionnaire délimité stratégiquement, qui se réclame explicitement de la révolution et du communisme. Nous pensons qu’il faut pour cela former les militant.e.s au marxisme mais aussi se construire et s’implanter en priorité dans les lieux de travail. Notre objectif est un gouvernement des travailleurs/ses, et non un gouvernement dans les institutions actuelles. Nous sommes ainsi pour développer dès que possible les luttes dans tous les secteurs, et pour chercher à les rassembler autour de mots d’ordre fédérateurs, notamment en construisant des fronts uniques (dans les luttes, pas sur les questions de programme ou de gouvernement), à populariser le mot d’ordre de grève générale lorsque la situation le permet, et à défendre et construire l’auto-organisation des luttes. Pour préparer cela, nous sommes pour intervenir à toutes les échelles dans les syndicats sans se subordonner à la bureaucratie, en particulier en construisant des sections locales fortes et indépendantes, capables de dénoncer et de lutter contre les directions syndicales lorsqu’elles brisent des mobilisations en cédant face au gouvernement. Nous sommes pour prendre pleinement en compte les oppressions spécifiques dans notre combat, en les liant aux questions de classe et réciproquement. Nous voulons lutter contre l’impérialisme et le néo-colonialisme, soutenir les peuples contre toute sorte d’oppressions tout en insistant sur la centralité de la classe ouvrière. ».

Pour nous, ces points d’accord étaient suffisants pour présenter une plateforme commune au Congrès et pour assurer une majorité alternative à l’actuelle majorité. Elle aurait d’ailleurs constitué un regroupement bien plus solide que l’actuelle pfU, car sur les points déterminants de l’orientation  et de la nature du parti, nous étions d’accord.

3- C’était pour nous la seule sortie de la crise du NPA par le haut possible, la majorité se refusant à tirer les bilans de sa politique erronée des dernières années et parvenant à se présenter unie pour le Congrès. Seule une pfA unie aurait pu à la fois tirer les bilans nécessaires à la réorientation du NPA et aurait pu espérer constituer une plateforme crédible face à la pfU.

4- Parallèlement, pour résorber les points de désaccord qui subsistaient entre nous, nous préconisions un triple travail d’échanges, de débats et d’homogénéisation :

-organiser des discussions régulières sur des thèmes précis entre nous

-nous coordonner pour intervenir ensemble dans notre activité quotidienne

-relancer l’équipe d’animation de la pfA pour coordonner notre intervention dans le parti

Dès lors, nous défendions pour la réunion de la pfA du 20 septembre « une plateforme commune avec des fenêtres et/ou des motions spécifiques pour chacune des sensibilités de la PfA. ».

Ces principaux points, nous les avons défendu réunion après réunion, que nous avons toujours participé activement à organiser (les mails suivant faisant foi).

 

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Qu’est-ce qu’il était alors répondu à notre politique? La pfV n’a cessé d’affirmer qu’aucune plateforme commune pour le Congrès n’était possible car nous n’intervenions pas de façon coordonnée dans la réalité. La pfT et la pfZ, à des moments différents, nous ont traité d’idéalistes qui ne voulions pas voir les désaccords qui persistaient entre les différentes tendances de l’ex-pfA. La réalité était (mais nous l’ignorions alors) que la plupart des plateformes de l’ex-pfA avaient déjà déposé des textes au CPN de septembre, ce qui ne les empêchait pas de continuer à participer « en toute bonne foi » aux réunions de la pfA. Ou les chroniques d’une mort annoncée.

Le 5 novembre, date de la dernière réunion pfA à ce jour, le projet de plateforme commune a été enterré : chaque tendance partait en ordre dispersé, et aucune ne formait autour d’elle même un regroupement pfA restreint. Nous étions face à l’échec de la politique que nous avions défendu entre août et novembre. Deux possibilités s’offraient alors à nous :

-ou statuer de cet échec que la reconstruction de la gauche du parti était impossible. Libre à nous dès lors d’adhérer collectivement ou individuellement à telle ou telle plateforme qui nous semblait la plus proche de ce que nous défendions

-ou statuer des limites de notre action. Nous nous étions adresséEs essentiellement aux directions des tendances de l’ex-pfA, non pas par choix, mais parce que très vite les réunions nationales s’étaient recentrées sur Paris, et sur un nombre limité de militantEs. Et nous ne nous étions adresséEs qu’aux contours de la pfA organisée, alors même qu’un certain nombre de militantEs du parti indépendantEs, votant pour la majorité mais en doute, ou tout simplement éloignéEs des débats d’appareil, pouvaient se reconnaître dans le projet de refondation du NPA sur des bases claires et définies. Dès lors, il fallait trouver un moyen de porter notre politique plus largement.

C’est la deuxième option que nous avons choisie. Cela passait par une antithèse, si brillamment  « révélée » par le texte de Renaud et Antonin : « Diviser pour mieux unifier ». Oui, les situations politiques sans issues ne proposent parfois que des contradictions. Nous ne devrions pas nous en étonner. C’était cela ou une autre antithèse, « Choisir une tendance pour mieux toutes les unir ». Mais que nous reproche-t-on exactement? De faire de la politique comme tout le reste du parti? De faire porter notre voix? Parce que nous sommes minoritaires nous devrions le rester?  Parce que nous sommes de jeunes militantEs nous devrions savoir garder notre place? Malheureusement, nous avons plus d’audace que cela. Et de l’audace, c’est précisément ce dont manque la pfA à l’heure actuelle. Incapable de se penser comme une direction alternative au parti, elle se replie sur des logiques d’auto-construction, et par là participe à plonger un peu plus le NPA dans la crise. Et sous prétexte que nous diviserions davantage la pfA, que nous ferions le jeu de la pfU, nous devrions nous taire? Mais c’est les tendances de l’ex-pfA qui ont fait le jeu de la pfU et assurer sa victoire en se présentant divisées au Congrès. Nous, nous essayons d’éviter que cela ne se reproduise, et nous préparons l’avenir.

Une petite musique revient au cours de ce Congrès. A présent, certaines tendances de l’ex-pfA se plaisent à se faire les championNEs de la pfA. A les entendre, on se demande comment il est possible que la pfA ne se soit pas présenter unie à ce Congrès. Serait-ce la faute de la pfY? Dans tous les cas, on constate qu’il est plus facile de se réclamer d’une politique quand on est surE qu’elle n’aura pas lieu. Et quand cela peut permettre de gagner des voix à peu de frais… Les mensonges et les calomnies ne sont décidément pas les moindres des maux qui empoisonnent notre parti et notre courant, et ils n’aident pas à tirer collectivement les bilans et à avancer. Ce texte avait pour vocation de rétablir la vérité, et de mettre en garde les camarades contre un mauvais usage de la réécriture de la réalité : il y a un moment, on vous demandera des comptes. Et cela pourrait bien arriver plus vite que vous ne le pensez…

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