Pourquoi la Plateforme Y ? 

Pourquoi la Plateforme Y ? 

Nous sommes plusieurs jeunes militant·e·s issu·e·s de trajectoires différentes (certain·e·s d’entre nous ont appartenu à des courants, d’autres pas) et qui avons défendu un projet de direction alternative pour le NPA, en rupture avec celui de la plateforme U. Cette dernière s’inscrit en effet dans la continuité de la politique des années précédentes, tout en se prêtant à une alliance de circonstance qui tait les désaccords et menace ainsi de rompre à la première épreuve venue. Nous avons tenté d’unir les composantes de l’ancienne PFA autour d’un projet politique commun qui aurait pu poser les bases des clarifications nécessaires au projet et à la stratégie du NPA, et définir ainsi la PfA en direction alternative du parti. Devant l’échec de ce projet, nous avons décidé de porter la plateforme Y pour défendre notre politique propre et lancer une dynamique de reconstruction au sein du NPA avec tou·te·s les militant·e·s qui le souhaiteront.

Quels objectifs pour ce Congrès ? 

Ce congrès doit être l’occasion de tirer tous les bilans.

1. Il s’agit d’abord et principalement du bilan de l’ancienne majorité.

–  L’ancienne majorité est incapable de tirer les leçons de presque 10 ans d’existence du NPA, et ce malgré le départ de la GA. Le projet initial du NPA, incohérent et flou politiquement, occupait en partie le même espace politique que le PG puis la FI. Le NPA ne peut pas rivaliser avec les réformistes s’il se positionne sur le même terrain qu’eux, sans assumer et clarifier sa stratégie. Le programme de Mélenchon a une bien plus grande audience politique que celui du NPA, alors même qu’il est irréalisable, comme l’ont montré les échecs des politiques européennes dont il se revendique.

De même, il faut revenir sur l’échec de l’hypothèse stratégique défendue par l’ex Plateforme 1 et la majorité de la 4ème internationale, celle d’un gouvernement anti-austérité élu dans le cadre des institutions et soutenu par des mobilisations. En effet, la capitulation de Tsipras et de Syriza face aux exigences de la Troïka en 2015, puis la mise en place d’une politique d’austérité de plus en plus rigide en Grèce, ont scellé la fin de l’illusion des politiques réformistes et des mots d’ordre de gouvernement anti-austérité. De même, la trajectoire de Podemos dans l’État Espagnol a été une confirmation supplémentaire des impasses de cette nouvelle théorisation de la gauche de la gauche européenne, qui substitue à l’antagonisme de classes « les 99% contre les 1% », au capitalisme « la financiarisation du capitalisme » et au parti « l’expression politique des opprimé·e·s et des exploité·e·s ».

– Par ailleurs, la période n’est pas uniquement marquée par un repli généralisé, sans point d’appui dans la lutte des classes pour construire des mouvements sociaux et contestataires massifs. En effet, le mouvement contre la Loi Travail a indéniablement été un mouvement social national d’ampleur, et malgré sa défaite, il a changé la donne du rapport de force entre classes dans la situation actuelle. Il est d’autant plus dommage que l’avant-garde militante qui a émergé du mouvement contre la Loi Travail (notamment grâce à l’intervention déterminée de nos militant·e·s) n’ait pour l’essentiel pas trouvé de débouché organisationnel. Le NPA aurait pu jouer ce rôle s’il avait été, en tant qu’organisation, plus dynamique dans le mouvement, et s’il s’était régulièrement positionné en avançant des propositions face aux impasses rencontrées dans le mouvement. Mais le parti a connu un véritable problème de coordination interne et un énorme écart entre les politiques de construction menées par les camarades localement (dans les AGs étudiantes, dans les entreprises et au niveau syndical) et leur répercussion à l’échelle du parti et de son expression publique. Les autonomes, bien moins craintif/ve·s que nous pour défendre leurs options politiques propres malgré les limites évidentes de leurs tactiques et la méfiance dont ils/elles étaient l’objet, dans le mouvement ouvrier, ont gagné un certain nombre de militant·e·s, sur fond de discours émeutier et anti-parti.

– Enfin, pour les présidentielles, une partie de la direction avait adopté en 2016 une attitude attentiste et en appelait à l’émergence d’une « représentation politique des opprimé·e·s » comme candidat·e. C’est bien entre autres la PfA qui a bataillé au sein du parti et obtenu la majorité pour une campagne présidentielle indépendante du NPA. L’importance de la campagne de Philippe Poutou a finalement démontré que le fait d’afficher ouvertement un profil de classe, ouvrier, permettait de trouver un écho. Philippe Poutou est apparu comme un représentant des ouvrier/ère·s, en dehors de la politique traditionnelle, crédible en tant que contestataire du système (notamment électoral), mais pas suffisamment comme force de proposition d’un projet de société alternative. Clarifier le projet et la stratégie toujours flous du NPA contribuerait à régler ce problème en faisant apparaître le parti comme une force radicale et crédible dans l’espace politique laissé par la FI.

2. Il est également nécessaire de tirer le bilan des composantes de l’ancienne PfA, dans leurs interventions communes et respectives, mais aussi dans leur incapacité à se présenter unies au Congrès.

Leur responsabilité politique n’est pas de même nature que celle de l’ancienne direction. Au départ, l’objectif de la plupart des courants de la PfA était de transformer le NPA pour qu’il soit plus délimité stratégiquement, que son caractère révolutionnaire soit clarifié et qu’il donne une plus grande importance à l’implantation dans la classe ouvrière. Malheureusement, on ne peut aujourd’hui que constater qu’une grande partie des composantes de la PfA ont abandonné cet objectif au profit de leurs intérêts d’auto-construction. Cela conduit à une impuissance politique, quelle que soit par ailleurs la justesse de la ligne politique défendue, et condamne la PfA à rester l’éternel embryon d’un futur parti révolutionnaire fantasmé. Cette incapacité à se penser comme direction alternative du NPA conduit même parfois à s’accommoder de la situation catastrophique du parti.

Les raisons de ce repli sont complexes, mais nous pouvons en relever deux : d’une part, l’état du rapport de force entre les classes est aujourd’hui globalement défavorable au mouvement ouvrier et conduit à son émiettement, poussant à des logiques néfastes de préservation de courants qui peuvent conduire à certaines dérives; et d’autre part, la direction a beaucoup fait pour isoler et combattre les camarades de la PfA, pourtant très dynamiques dans leur activité, afin de préserver sa propre position dans le NPA au détriment des débats politiques de fond.

Nous cherchons quant à nous à lutter contre cette tendance au repli sur soi, et nous continuerons à tenter de faire émerger, à partir des composantes de la PfA et des militant·e·s de tout le parti, une dynamique de réorientation et de clarification du projet du NPA.

3. Clarifier notre projet révolutionnaire et complexifier notre analyse de classe, cela signifie intégrer pleinement l’écologie, le féminisme et l’antiracisme à notre programme et nos combats.

Il faut l’assumer et le revendiquer, nous défendons une stratégie, un programme et un parti révolutionnaires. Nous devons être en mesure de l’expliciter et de le défendre. De même, la question du pouvoir ne doit pas être esquivée, et nous devons expliquer pourquoi et comment nous nous battons pour un gouvernement des travailleur/se·s.

Cependant, il est clair que la révolution ne mettra pas fin à toutes les nuisances du capitalisme si celles-ci ne sont pas considérées dans leur complexité. Ainsi, la crise écologique et le changement climatique ne se résoudront pas seulement par la socialisation de la production, mais également par son adaptation aux besoins réels et utiles de la population à partir de la prise en compte des ressources disponibles et de leur renouvellement. Un programme de transition révolutionnaire prenant au sérieux l’interaction constante entre les rapports de production et leurs bases matérielles passe donc d’abord par la planification des grands secteurs de l’économie (agriculture, énergie, métallurgie, etc.).

Le NPA se veut un parti de classe : la classe ouvrière, majoritaire et en recomposition, demeure le sujet révolutionnaire principal malgré le recul de la conscience de classe.

Cette classe est organiquement et majoritairement composée de femmes, LGBTI+, et de personnes migrantes, immigrées et racisées : c’est pourquoi le NPA doit articuler aux questions de classes les questions dites des « oppressions spécifiques ». Nous devons donc sortir d’une vision économiciste de la classe, qui reste myope devant les questions féministe, LGBTI+ et antiraciste, et qui se contente de dire que le vrai problème est le capitalisme en niant l’existence de systèmes de dominations à l’autonomie relative. Bien sûr, le capitalisme a reconfiguré ces systèmes de domination et les a intégrés. Mais de la même façon qu’il est impossible de penser les dominations racistes et sexistes en dehors du capitalisme, il est impossible de penser le capitalisme sans l’articuler à ces questions, ne serait-ce que parce qu’il n’aurait pas pu se développer sans elles.

Dès lors, ce n’est pas seulement la socialisation de la production qu’il faut revendiquer, mais aussi la collectivisation des tâches domestiques ou reproductives, aujourd’hui principalement prises en charge par les femmes et minorités de genre dans l’espace domestique et de plus en plus externalisées par leur transfert à des travailleur/se·s racisé·e·s et ubérisé·e·s. La collectivisation des tâches domestiques implique la  création de plus de services publics, notamment pour l’éducation des  enfants. De même, la libération du continent africain  comme du reste des pays dominés par l’impérialisme est une condition nécessaire pour dépasser les humiliations racistes qui structurent notre  société, et pour lutter pied à pied contre toutes les discriminations institutionnalisées.

De telles revendications permettent de se représenter concrètement ce que serait une société émancipée : elles sont absolument essentielles pour rendre crédible notre projet de société et donner du poids à notre discours politique.

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