Démocratie et parti

Contribution au débat de la PfY dans le BI du congrès du NPA
« Ce furent les mencheviks et la droite, pas Lénine, qui firent scission plutôt que de permettre une majorité de gauche.
Et pendant les années de formation du parti bolchevique, Lénine ne fit pas non plus de nécessité vertu : il n’adopta jamais l’idée que le parti devait être limité aux bolcheviks. Au contraire il combattit avec patience pour la conception d’un parti large dans lequel cependant la gauche avait autant droit que la droite à prendre la direction par un vote démocratique. C’est cela qui était en jeu, côté organisationnel, dans la scission entre bolcheviks et mencheviks. » Hal Draper, « Vers un nouveau départ. Une alternative à la micro-secte » (1971).
Cette question est au centre de nos débats de Congrès : comment comprendre la crise durable (mais qui semble aller en s’accentuant) du parti? D’un côté, la plateforme U nous dit que la crise est liée à une absence de majorité stable et au blocage systématique que lui opposerait les tendances (sous-entendu : les tendances de l’ex-plateforme A, puisqu’on sait bien qu’il existe des tendances au sein de l’actuelle pfU…). De l’autre côté, les autres plateformes sont d’accord pour dire qu’une des raisons principales de la crise du NPA est son absence de délimitations stratégiques, ce qui l’a conduit à une crise organique depuis sa création.
Comment départager entre ces deux positions? Dans un parti démocratique, il s’agirait de tirer les bilans et de réorienter le parti en conséquence. Certains bilans sont indéniables, quel que soit le positionnement politique que l’on adopte au sein du NPA : ainsi, la capitulation et la trahison de Syriza en Grèce sonne le glas des gouvernements anti-austérité comme la forme politique enfin trouvée de ce XXIème siècle, et les succès de la campagne Poutou, en terme d’audience, d’audibilité et d’afflux des militantEs, montrent bien qu’il y avait une nécessité à présenter une candidature du NPA en propre aux présidentielles et non pas d’attendre l’émergence d’unE  hypothétique « représentantE des oppriméEs et des exploitéEs ». Or, le texte de la plateforme U tait soigneusement son propre bilan. Et de l’autre côté, les tendances de l’ex-pfA, qui ont combattu l’enthousiasme du NPA pour les gouvernements anti-austérité, et qui ont défendu une candidature en propre du NPA aux élections (c’est de là qu’est née la plateforme A), avaient raison politiquement, mais sont incapables de se présenter unies au Congrès. 
Les militantEs du NPA vont en grande partie voter plateforme U afin de donner une « prime à l’unité ». Pourtant, il faut s’interroger sur la viabilité de notre parti si après l’échec d’une politique majoritaire et le succès d’une politique minoritaire, on est incapable de réorienter le parti en fonction de l’épreuve du réel. Pour que le NPA avance, pour qu’on puisse trancher les débats entre nous, pour qu’il soit vraiment démocratique, il faut pouvoir trancher nos politiques menées à la lumière de l’expérience et des bilans qu’on en tire, et il nous faut être capable de changer de politique quand celle-ci s’est avérée être une erreur. Le succès attendu de la plateforme U à ce congrès n’est pas seulement le choix d’une politique de la continuité, elle est aussi le signe d’un défaut de démocratie au sein du parti par refus de tirer les bilans et dans dresser les conséquences. La crise du NPA est en ultime instance principalement liée à ce défaut de démocratie et à cette incapacité dans laquelle nous sommes d’aller de l’avant par rapport à notre propre (courte) histoire. 
Mais cette question de la démocratie prend d’autres formes. Du fait de l’impossible alternance des orientations au sein du NPA, la situation s’est considérablement dégradée dans le parti. Beaucoup de comités ne fonctionnent plus, ou sont scindés en deux. Il en va de même pour les AGs locales, qui ne sont plus organisées régulièrement comme cela devrait être le cas. Les informations circulent mal au sein du parti, ce qui fait qu’il est difficile pour les militantEs de se réapproprier les enjeux internes. Les formations, garanties démocratiques centrales, car elles permettent à chacunE de faire ses choix politiques de façon éclairée en ayant accès aux débats et en partant de la même base, n’existent tout simplement plus dans le parti, et sont le plus souvent prises en charge par les tendances de l’ex-pfA (et heureusement! Car sinon on irait tout simplement à la catastrophe). Le fonctionnement interne du NPA est obscur pour qui n’en connait pas les arcanes, ou n’y est pas initiéE, et nos statuts sont toujours provisoires, depuis bientôt dix ans. Les postes politiques importants, que cela soit les permanentats, la gestion du journal, les portes-parolats, ne tournent pas et ne sont pas répartis proportionnellement entre les différentes sensibilités du parti (le Secteur Jeune a du attendre deux ans pour obtenir son permanentat car il revenait à l’ex-pfA!). Un des résultats les plus catastrophiques de cette situation globale est de creuser une coupure de plus en plus nette entre les représentantEs politiques du CPN et du CE et le reste des militantEs, mais aussi entre Paris, renforcé comme centre névralgique du parti, et les régions, avec lesquelles le lien politique permanent n’est plus assuré. Le Congrès est le reflet de cette rupture et de ce défaut démocratique interne exacerbé : les plateformes définitives ont été clôturées le 26 novembre pour un Congrès les 2, 3 et 4 février, ne laissant que deux mois de discussion au sein du parti, ce qui est largement insuffisant. 
Dans la plupart des AGs locales pour le Congrès, seule une AG de discussion est organisée avant une AG élective : là encore, c’est un frein à la réappropriation par chacunE des débats et leur bonne compréhension. Le Congrès devrait être le moment démocratique par excellence du NPA. Au lieu d’être simplement une arène politique, il devrait être l’occasion de tirer les bilans honnêtement et collectivement, pour faire avancer notre maison commune. Il devrait aussi permettre de soutenir et de renforcer les équipes militantes partout en France, tout en favorisant de véritables échanges sur les situations locales. Or, force est de constater qu’en grande partie, ce 3ème Congrès du NPA est une occasion manquée. 
Pour autant on ne doit pas tomber dans le défaitisme le plus complet. L’état du parti n’est pas un irrémédiable. Avec la plateforme Y, nous avons fait le choix de tenter une expérience, avec modestie, mais pour nous emparer réellement des possibilités de ce Congrès : celle de pousser au regroupement de toutes celles et tous ceux qui veulent faire changer les choses au sein du parti, non seulement en tournant la page de la politique erronée de la direction depuis la création du NPA, mais aussi en sortant d’une logique de pure tendance, c’est-à-dire en étant capable de penser une construction plus large et commune mais aussi de se penser comme la prochaine direction possible du NPA. C’est pourquoi nous en appelons à touTEs les militantEs : pour sortir de l’état de crise du NPA, il ne faut pas taire les bilans et il ne faut pas voter prioritairement pour reconstituer une majorité d’appareil. Il faut être capable de prendre les problèmes du NPA à bras le corps, et de poser honnêtement la question de notre démocratie interne. Et bien sûr, de voter pour le texte avec lequel on est le plus d’accord (et non celui qui assurera une majorité), car ce sera la seule façon, en permettant aux différentes sensibilités d’être représentées, en ayant les discussions jusqu’au bout, qu’on pourra sortir de la crise du NPA. 
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