Plateforme Y – congrès NPA 2018

Nous relayons ici le texte de la Plateforme Y du congrès du NPA de 2018 co-écrit par des militant.e.s hors tendance de différentes villes dont ceux de la portion congrue.

Signataires du texte:

Alice (Bordeaux), Alix (Strasbourg), Aurore (Paris 1), Charles (Bordeaux), Gabriel (Cachan), Guillaume (Saint-Denis), Julia (Jussieu), Louise (comité ATIPIC), Sandro (Jussieu), Sean (Créteil), Tamara (Jussieu).

 

Pour une direction alternative du NPA : clarifier notre projet révolutionnaire, complexifier notre analyse de classe, développer notre intervention

 

Ce texte n’a pas prétention à être plus que ce qu’il est. Nous sommes quelques camarades qui n’appartiennent à aucune tendance (ou qui n’appartiennent plus à leur ancienne tendance) mais qui se sont reconnuEs dans la « Plateforme A » (PfA) créée suite à  la Conférence Nationale de 2016 pour porter une candidature indépendante du NPA à la présidentielle. Nous avons souhaité batailler pour que les composantes de cette plateforme, ainsi que touTEs celleux qui se reconnaissent dans son projet, se structurent comme une vraie alternative à la direction du parti et lancent une dynamique de reconstruction et de clarification du NPA. Devant l’incapacité de la PfA à se présenter unie pour ce Congrès et à se battre vraiment pour ses positions, nous avons éprouvé la nécessité d’exprimer notre positionnement politique, tout en gardant notre indépendance vis-à-vis des tendances existantes et en poursuivant notre combat pour changer le NPA. Notre but, à terme, est de construire une direction alternative, reconnectée aux comités et à l’intervention quotidienne des militantEs. Nous en appelons pour cela à l’ensemble des groupes et personnes qui se reconnaissent dans le projet d’un NPA communiste et révolutionnaire.

 

 

  1. I) Situation politique et enjeux du Congrès :

 

 

À la veille du Congrès du NPA, nous ne pouvons nous empêcher d’avoir le sentiment d’un incroyable gâchis, d’une occasion manquée qui ne se reproduira peut-être pas. Ce Congrès aurait dû être centré sur le bilan de l’expérience politique réalisée depuis le congrès de 2015, et cela aurait dû être le rôle d’une PfA unie que d’être à l’offensive sur ce terrain. Or, non seulement la PfA se présente en mille morceaux au Congrès, mais la direction parvient artificiellement à se reconstituer en un bloc en mettant de côté les désaccords qui la traversent autant que les leçons politiques des derniers mois. En passant sous silence ses précédentes orientations et en évitant de poser les enjeux politiques de façon franche, le texte de la direction lui permettra peut-être de convaincre largement dans le parti, mais il empêchera les débats du Congrès d’avoir lieu sur la base de divergences explicites et assumées, c’est-à-dire compréhensibles pour toutE militantE du parti quel que soit son degré de formation politique. Aussi, il ouvre la perspective d’une reprise en main purement organisationnelle du parti, qui pourrait ensuite exploser à la première épreuve politique venue.

 

Pourtant, tous les éléments étaient là pour que ce Congrès soit l’occasion d’avancer sur des débats essentiels, qui traversent le NPA depuis sa création, et que l’expérience nous permet maintenant de trancher.

 

 

1) L’échec des nouvelles politiques réformistes et l’espace politique laissé par la FI

 

La capitulation de Tsipras et de Syriza face aux exigences de la Troïka en 2015, puis la mise en place d’une politique d’austérité de plus en plus rigide en Grèce, ont scellé la fin de l’illusion des politiques réformistes et des mots d’ordre de gouvernement anti-austérité. Au NPA, cela signe aussi l’échec de l’hypothèse stratégique et de l’orientation de la direction. Cette dernière a défendu la perspective d’un gouvernement anti-austérité au service des exploitéEs et des oppriméEs, élu sur un programme de rupture anticapitaliste et porté par les mobilisations ; l’ex- « Plateforme 1 » (P1) a ainsi apporté un soutien critique à l’expérience de gouvernement Syriza-Anel. Les faits ont montré que cette perspective était erronée, mais la direction ne parvient pas à en tirer de bilan, ou s’y refuse. Son hypothèse de départ est critiquable à plusieurs titres : d’abord, elle voyait en Syriza (et Podemos) la stricte continuité des luttes de résistance à l’austérité, alors qu’il s’agissait de la traduction déformée de ces luttes concrètes dans la sphère politico-électorale. Ensuite, elle surestimait les rapports de force électoraux (le score de Syriza), qui ne correspondaient pas aux rapports de force matériels entre les classes (le mouvement ouvrier et ses luttes étaient en recul à ce moment). Enfin, au lieu de servir de tremplin aux mobilisations, la constitution d’un tel gouvernement dans le cadre des institutions existantes a renforcé les tendances à la démobilisation.

 

En France, face à Hollande, et aux côtés du Front de Gauche ainsi éventuellement que des « frondeurs », la majorité du NPA voulait construire un front politique permanent qualifié d’« opposition de gauche ». Cette orientation a non seulement rendu le NPA inaudible, mais elle l’a en outre empêché de préparer son intervention dans la mobilisation du printemps 2016 et de tirer parti du phénomène de politisation lié à la rupture de masse avec le PS.

 

Parallèlement, la trajectoire de la France Insoumise, avec son absence de démocratie en interne, son nationalisme exacerbé et sa rupture vis-à-vis de tout projet socialiste (remplacement des travailleurSEs ou de la classe ouvrière par le « peuple », de la révolution par une 6ème République, etc.) ouvre paradoxalement un espace politique pour le NPA, qui aurait pu dans ce contexte définir ses contours stratégiques, notamment par rapport aux réformismes. S’il est clair que nous devons nous adresser aux électeurs/trices de Mélenchon et aux militantEs de son mouvement, qui peuvent évoluer, il est impératif que nous explicitions ce qui nous différencie politiquement de la FI. La FI n’est pas anticapitaliste : elle ne propose pas de remise en question de l’organisation sociale de la production, mais simplement le statu quo des acquis des luttes sociales que notre tradition politique a gagnées. Elle ne remet pas non plus en cause la construction politique républicaine de l’Etat français impérialiste, ses colonies, ses sphères d’influence en Afrique et ailleurs, son militarisme – ainsi que les conséquences de tout cela à l’intérieur du pays en termes de ségrégation et de racisme.

 

L’incapacité du NPA à se démarquer clairement de la FI, et avant celle-ci du Front de Gauche, nous a déjà fait perdre nombre de militantEs ces dernières années. Le flou du projet initial a ainsi entraîné une crise de direction qui s’est cristallisée avec le départ de la Gauche Anticapitaliste au Front de Gauche et qui perdure depuis. Si le NPA ne fonctionne pas, ce n’est pas principalement à cause de ses tendances, mais en premier lieu parce que le parti tend à se balkaniser en raison d’un manque de projet politique clair et délimité, qui l’empêche de prendre des initiatives politiques. Face à cela, il faut dire qu’un nouveau NPA est possible !

 

 

2) Un mouvement social d’ampleur : la loi travail

 

De l’autre côté, après une longue période sans lutte de grande ampleur, le printemps 2016 a connu une reprise de mouvements sociaux nationaux, au sein desquels le NPA, dans un contexte d’affaiblissement global de l’extrême gauche, a joué un rôle politique important, notamment dans la jeunesse (même si des désaccords politiques et des rivalités internes nous ont fait perdre en efficacité dans notre intervention). Durant le mouvement contre la loi travail, nous avons vu émerger un milieu qui, sans pour autant être massif, dépassait les cercles militants traditionnels (une « avant-garde large ») et s’est avéré sensible à nos discours et à notre politique. Le mouvement ouvrier qu’on pouvait croire ankylosé est sorti de sa torpeur, montrant que les forces vives étaient encore bel et bien là et que nous avions un rôle actif à jouer dans leur redéploiement. Pour autant, cette avant-garde n’a pas trouvé de débouché organisationnel, alors que le NPA aurait pu y contribuer. Pour jouer ce rôle, le NPA doit se redynamiser en recommençant à s’implanter et en prenant part aux décantations qui ont lieu dans les syndicats. Il est urgent de nous réarmer sur ce plan, de relancer les cadres d’échanges nécessaires à l’intervention sur les lieux de travail et dans les structures syndicales. Il en va de même dans la jeunesse, où des recompositions majeures sont en cours sous l’effet de la rupture des classes populaires avec le PS et de l’effondrement des médiations que ce dernier avait mises en place dans la jeunesse (comme l’Unef). Le NPA et son secteur jeune doivent faire leur possible pour intervenir dans cette recomposition.

 

 

3) Une audience plus large via la campagne Poutou

 

En outre, la campagne présidentielle de Philippe Poutou a été un succès, notamment en permettant la visibilisation du projet politique du parti, et malgré certaines faiblesses programmatiques. Or, alors même que la direction, en 2016, adoptait une attitude attentiste et en appelait à l’émergence d’une « représentation politique des oppriméEs » comme candidatE des présidentielles, c’est bien la PfA qui a bataillé au sein du parti et obtenu la majorité pour une campagne présidentielle indépendante du NPA. C’est donc en premier lieu grâce à la PfA que la campagne Poutou a été décidée, et qu’elle a pu par la suite entraîner largement le parti. Cette bataille s’est ensuite avérée décisive pour la vitalité du NPA, étant donné la visibilité qu’a gagnée Philippe Poutou et la sympathie qu’il a suscitée. Le succès de la campagne Poutou règle également une question débattue depuis la fondation du NPA, celle de savoir si le fait d’afficher ouvertement un profil de classe, ouvrier, peut ou non nous permettre de trouver un écho. Il est désormais certain que c’est le cas, non seulement auprès des travailleurSEs, mais encore au-delà, dans la jeunesse, et parmi les oppriméEs. Avec le jeu combiné du mouvement contre la loi travail et des présidentielles, notre audience s’est considérablement élargie et nous avons gagné des nouveaux/elles militantEs. Il subsiste néanmoins un énorme écart entre la sympathie que nous suscitons et l’état réel de l’organisation.

 

Dans cet ensemble de coordonnées, un autre scénario aurait pu émerger : celui de la conversion de l’expérience des trois dernières années (qui nous séparent du précédent Congrès) en un programme de redressement du parti sur des bases clairement définies : indépendance vis-à-vis des réformismes, caractère révolutionnaire du parti, centralité de la classe ouvrière, stratégie de la grève générale, du double pouvoir et de l’insurrection, constitution de fronts uniques mais sans dissolution politique, et prise en charge des questions d’oppression. L’éclatement de la PfA marque un échec beaucoup plus grand, celui de n’avoir pas su saisir le moment politique sur la base d’accords qui, sans nier les divergences entre les différentes tendances, statuaient sur ces points essentiels. La responsabilité des composantes de la PfA est écrasante. Alors que le Congrès s’ouvre, il est déjà perdu pour la PfA.

 

Quelles sont les raisons de cet échec de la PfA ? On ne peut pas se contenter de le mettre sur le compte du « sectarisme » des différentes tendances qui la constituent, même s’il est évident que les dysfonctionnements au sein du parti ont encouragé la constitution de tendances de plus en plus organiques (aussi bien du côté de la direction, avec la P1, que de Contre Courant ou des tendances de la PfA) et un repli généralisé sur la construction de leurs propres appareils. Il y a bien sûr d’indéniables divergences politiques, entre des tendances qui n’ont ni le même héritage historique, ni la même internationale, ni les mêmes interventions, et qui n’ont pas de vrais cadres d’élaboration communs (le fait étant qu’elles ne cherchent pas à s’en donner un, voire refusent explicitement de le faire). Pour autant, le manque d’unité de la PfA n’est pas la raison principale de son échec. Cet échec vient avant tout d’une incapacité de la PfA à se penser comme une possible direction alternative du parti, en sortant du rôle d’opposition et de commentatrice critique de la politique de la direction. Cela requiert un projet politique de long terme et une réelle volonté de refonder le trotskisme en France.

 

Sans projet global unificateur, il est normal que les logiques d’appareil reprennent le dessus. Pourtant, il serait possible de créer une nouvelle dynamique susceptible même de dépasser les contours de la PfA actuelle pour réorienter le NPA sur les bases suivantes.

 

 

  1. II) Quel parti voulons-nous ?

 

 

1) Retour sur le projet initial

 

Le NPA s’est créé suite à une double analyse de la situation : l’une erronée, et l’autre juste. La première consistait à considérer qu’avec l’effondrement de l’URSS s’ouvrait une nouvelle période, imprévisible, qui venait remettre en cause nos anciennes hypothèses stratégiques révolutionnaires, ainsi que la conception du parti, le sujet révolutionnaire, et le programme de notre tradition politique. Si l’ouverture d’une nouvelle période était indéniable, la réponse apportée à cette situation, à savoir celle d’un « parti processus », vide de stratégie, et multipliant les interventions dans les différents secteurs sans boussole et sans hiérarchisation tactique, s’est avérée être une erreur. Qui plus est, force est de constater que ce parti qui devait se faire en marchant n’a pas été capable de tirer les leçons de ses bientôt 10 années d’existence, et ce malgré le départ de la Gauche Anticapitaliste du NPA ou la capitulation de Tsipras.

 

La  deuxième analyse, qui nous paraît correcte, consistait à s’appuyer sur les succès électoraux de Besancenot pour fonder un parti plus grand numériquement, en reprenant le « meilleur » des différentes traditions du mouvement ouvrier.

 

Quoi qu’il en soit, ce double projet s’est révélé mort dans l’œuf. Cela a été particulièrement clair avec la création, presque consécutive, du Parti de Gauche, qui présentait une bien plus grande cohérence politique que le NPA et s’inscrivait partiellement dans le même espace politique, au point d’arracher des secteurs mêmes du NPA. Notre parti a fini par perdre en contenu politique aussi bien qu’en surface militante.

 

 

2) Une stratégie, un programme et un parti révolutionnaires

 

Il faut l’assumer et le revendiquer, nous défendons une stratégie, un programme et un parti révolutionnaires. Pour le faire de façon cohérente et crédible, nous devons reconnaître tout ce que cela implique quant à nos pratiques militantes, à notre rapport à la classe des travailleurSEs, aux batailles idéologiques de la période, et à notre situation dans la longue histoire de notre mouvement.

C’est d’autant plus nécessaire dans cette période que nous avons vu émerger avec le mouvement contre la loi travail une avant-garde dont une partie au moins, dans la jeunesse comme parmi les salariéEs, est sensible aux discours radicaux et à la perspective de la révolution. De ce point de vue, et malgré d’évidentes qualités par ailleurs, il y a deux choses que la campagne Poutou n’a pas suffisamment faites : montrer concrètement comment nous comptions réussir à mettre en place les mesures d’urgence sociale que nous défendions (au-delà de la question de l’auto-organisation que Philippe Poutou a largement portée), et clarifier de manière satisfaisante la transition entre la société actuelle et la société que nous défendons. Notre discours a alors pu sembler bancal, et nous n’avons pas réussi à convaincre en profondeur de la solidité de notre projet politique : Philippe Poutou est apparu surtout comme un représentant des ouvriers, en dehors de la politique traditionnelle, crédible en tant que contestataire du système (notamment électoral), mais pas suffisamment comme force de proposition d’un projet de société alternative.

 

La stratégie révolutionnaire doit pouvoir être explicitée lorsqu’on nous le demande. Dite à demi-mot, elle est inaudible ou bien vite jugée utopique et irréaliste. D’où l’importance d’avancer des mots d’ordres forts et positifs. Il ne s’agit pas uniquement d’interdire les licenciements, mais bien d’exproprier les patrons, et d’occuper les lieux de travail pour aller vers la socialisation des moyens de production. De même, la question du pouvoir ne doit pas être esquivée. Ne pas souhaiter gagner le pouvoir par la voie des élections dans le cadre institutionnel actuel, c’est en réalité viser la conquête du pouvoir par d’autres moyens. Seul un mouvement d’ampleur permettra d’établir le rapport de force suffisant pour s’affronter aux capitalistes, et de briser le fonctionnement actuel de l’Etat afin de mettre en œuvre une réelle politique anticapitaliste grâce à un gouvernement des travailleurSEs.

 

Cependant, il est clair que la révolution ne mettra pas fin à toutes les nuisances  du capitalisme si celles-ci ne sont pas toutes considérées dans leur complexité. Ainsi, la crise écologique et le changement climatique ne se résoudront pas seulement par la socialisation de la production, mais également par son adaptation aux besoins réels et utiles de la population à partir de la prise en compte des ressources disponibles et de leur renouvellement. Un programme de transition révolutionnaire prenant au sérieux l’interaction constante existant entre les rapports de production et leurs bases matérielles passe donc d’abord par la planification des grands secteurs de l’économie (agriculture, énergie, métallurgie, etc.). De la même façon, le capitalisme est adossé à d’autres systèmes d’exploitation et d’oppression qui ne s’y réduisent pas : le patriarcat et le racisme. Ce n’est donc pas seulement la socialisation de la production qu’il faut revendiquer, mais également la collectivisation des tâches domestiques, ou reproductives, aujourd’hui principalement prises en charge par les femmes et minorités de genre dans l’espace domestique et de plus en plus externalisées par leur transfert à des travailleurSE raciséEs et ubériséEs. La collectivisation des tâches domestiques impliquera la création de plus de services publics, notamment pour l’éducation des enfants, et la mise en place de cantines et de lieux de tâches domestiques collectifs. De même, la libération du continent africain comme du reste des pays dominés par l’impérialisme est une condition nécessaire pour dépasser les humiliations racistes qui structurent notre société, ainsi que la lutte pied à pied contre toutes les discriminations institutionnalisées. De telles revendications permettent de se représenter concrètement ce que serait une société émancipée : elles sont absolument essentielles pour rendre crédible notre projet de société et donner ainsi du poids à notre discours politique.

 

 

3) Un parti de classe, ancré dans la réalité des luttes

 

Le NPA se veut un parti de classe : la classe ouvrière, majoritaire et en recomposition, demeure le sujet révolutionnaire principal malgré le recul de la conscience de classe. Il faut en outre considérer la classe ouvrière sous les multiples et (parfois) nouveaux visages qui sont les siens. Les travailleurSEs ubériséEs telLEs que les livreurSEs Deliveroo sont, sur le papier, détenteurs/rices de leurs maigres outils de production : vélo et smartphone. De même, sont concernéEs les employéEs des services mal payéEs, les chômeurSEs, et les étudiantEs, majoritairement issuEs des classes populaires et qui, de plus en plus, sont contraintEs de travailler à côté de leurs études. Le trait d’union nous unissant, travailleurSEs, chômeurSEs et étudiantEs, est que notre vie est subordonnée à l’exploitation de notre force de travail : la seule alternative qui s’offre à notre classe est soit de se faire exploiter pour survivre, soit d’être privée d’emploi pour vivre dans la misère. Il ne s’agit donc pas de noyer le sens du terme prolétariat mais de lui en redonner un, en montrant que notre classe est la plus forte par son nombre et la seule à même d’entraîner une révolution mondiale. Notre classe, pour nombreuse qu’elle soit, a clairement des intérêts communs, même si son apparente segmentation tend à nous diviser.

 

Cette  classe est organiquement et majoritairement composée de femmes, LGBTI+, et de personnes migrantes, immigrées et racisées : c’est pourquoi le NPA doit articuler aux questions de classes les questions dites des « oppressions spécifiques ». Ces dernières ne sont pas des surplus à l’analyse en terme de « classe », mais des angles d’attaques à la fois complémentaires et nécessaires pour que notre conception de la classe garde toute sa pertinence. Dès lors, nous devons sortir d’une vision économiciste de la classe, qui reste myope devant les questions féministe, LGBTI+ et antiraciste, et qui se contente de dire que le vrai problème est le capitalisme en niant l’existence de systèmes de dominations à l’autonomie relative. Bien sûr, le capitalisme a reconfiguré ces systèmes de domination et les a intégrés. Mais de la même façon qu’il est impossible de penser les dominations racistes et sexistes en dehors du capitalisme, il est impossible de penser le capitalisme sans l’articuler à ces questions, ne serait-ce que parce qu’il n’aurait pas pu se développer sans elles.

 

 

4) Un parti qui relie anti-capitalisme et écologie

 

Nous vivons une crise écologique sans précédent, qui se manifeste dans toute son étendue par un phénomène de réchauffement climatique dont le capitalisme est le principal responsable. Cette crise est aussi un vecteur de politisation très important. C’est pourquoi il est urgent que nous développions une politique et des réponses anticapitalistes et révolutionnaires sur ce sujet.

 

Le mode de production capitaliste est guidé uniquement par la recherche de rentabilité et de profit, sans prendre en compte les besoins sociaux et vitaux réels de la population. De ce fait, il est structurellement source de gâchis (obsolescence programmée, logique du non réparable et du jetable, etc.) et engendre continuellement des problèmes écologiques et sanitaires majeurs (déversement d’acide par ArcelorMittal à Florange, fraude de Volkswagen sur les émissions de ses moteurs diesels, accaparements massifs des terres dans les pays du Sud, etc.). Ce sont les entreprises capitalistes et non les consommateurs qui polluent le plus, et surtout qui décident quoi, combien et comment produire : c’est donc à elles qu’il faut s’en prendre.

 

Nous devons diffuser une compréhension matérialiste des questions écologiques : c’est le capitalisme qui engendre un productivisme structurel, et c’est ce productivisme qui engendre le consumérisme. Cette compréhension permet de sortir des logiques de « solution individuelle » de certainEs écologistes : tout en ayant conscience des aspects non soutenables de notre consommation, il nous faut affirmer le caractère global des logiques qui conduisent des centaines de millions de personnes à manquer au quotidien de nourriture, de médicaments, de logements, etc.. Nous devons donc mettre en avant la question du mode de production communiste en parlant de planification. La planification, c’est le fait de déterminer rationnellement et démocratiquement la production en fonction des besoins collectifs, et en tenant compte du fait que les ressources naturelles sont à la fois limitées et fragiles (risques de pollution). La FI revendique le mot d’ordre de « planification écologique », mais une telle formule n’a aucun sens tant qu’on ne remet pas en cause la propriété privée des moyens de production. Car pour réorganiser de façon plus rationnelle et moins polluante les grands moyens de production, il nous faut pouvoir les contrôler : aucune réelle planification n’est possible sans expropriation de ces grands moyens de production.

 

Si la question écologique nous pousse à élaborer notre projet de société et à construire un modèle convaincant de planification, elle nous permet donc aussi de défendre notre stratégie. C’est dans les rapports de production que se trouvent la cause de l’exploitation des travailleurSEs et la source des problèmes écologiques contemporains : mais c’est aussi là (et non dans le milieu des consommateurs/trices disperséEs) que peut se construire un rapport de force susceptible de changer la société comme nous le souhaitons.

 

Enfin, la crise écologique est mondiale, mais elle n’affecte pas de la même manière une humanité indifférenciée. A l’échelle de la planète, d’abord, ce sont les nations en périphérie des grandes puissances politiques et économiques qui sont les plus touchées par les conséquences actuelles de la crise écologique. Les capitalistes des pays riches délocalisent une grande partie de leur secteur économique primaire et secondaire dans les pays pauvres ou en « voie de développement ». L’extraction de ressources naturelles et les pollutions engendrées par les processus de production industrielle touchent en premier lieu les travailleurSEs pauvres de ces « pays-usines » et « pays-champs ». En outre, dans les pays riches, ce sont aussi les travailleurSEs pauvres, souvent immigréEs, qui subissent les premierEs les pollutions environnementales et leurs conséquences sanitaires. C’est pourquoi la lutte contre le changement climatique et la crise écologique est, par essence, internationale. Notre dimension internationaliste trouve donc ici une raison d’être supplémentaire.

 

C’est en défendant cette politique et cette stratégie que nous devons intervenir sur toutes les luttes en lien avec l’écologie (NDDL, Bure, etc.) et plus généralement, c’est ce programme que nous devons défendre au quotidien sur nos lieux de travail, d’étude et d’activité.

 

 

III) Intervention:

 

 

1) Implantation dans la classe ouvrière et solidarité de la jeunesse avec les travailleurSEs

 

L’implantation de notre parti dans la classe ouvrière ne pourra être le résultat que d’une politique active et volontariste. Elle implique un long et parfois difficile travail, qui passe par des diffusions de tracts régulières, la constitution de comités d’entreprise et de comités organisés autour de camarades travailleurSEs isoléEs, et le soutien à des luttes locales. Cela implique également un réel effort de convergence des luttes ; par exemple, dans la jeunesse, en faisant en sorte que les étudiantEs ne limitent pas leur activité militante aux problématiques étudiantes et fassent le lien avec les travailleurSEs, à commencer par le personnel du Crous et de l’université. Chaque comité devrait ainsi consacrer une partie de son activité à une intervention auprès d’un secteur de travail.

L’implantation du parti dans le monde du travail, le suivi et la structuration des interventions (par branche, par secteur) sont des éléments indispensables pour que le NPA soit lié de nouveau à la réalité vivante de notre classe.

 

 

2) Front unique, Front Social et directions syndicales

 

Le NPA se pense comme un parti utile dans les luttes, mais cela ne suffit pas : il doit en outre fournir une orientation dans ces luttes. Les syndicats et les collectifs sont des éléments importants de notre intervention. Les syndicats, d’une part, nous permettent de toucher plus largement que nous ne le pouvons nous-mêmes, dans le monde du travail. Les collectifs, d’autre part, nous donnent la possibilité de développer une politique autour d’enjeux spécifiques, de nous y former et d’acquérir une légitimité que nous ne pourrions avoir si nous ne militions pas activement sur ces questions dans de tels cadres. Pourtant, il ne s’agit pas de s’y dissoudre, mais d’y développer activement notre ligne politique et d’y gagner de nouveauxLLES militantEs.

 

Si nous construisons, en période de luttes, des fronts uniques (et non pas des fronts sociaux et politiques), c’est donc pour y défendre une orientation en essayant qu’elle y devienne majoritaire. C’est également pour accompagner l’expérience des bases des organisations face à leurs directions, et pour dénoncer l’inconséquence stratégique des directions syndicales ou des réformistes. Nous devons éviter à la fois l’écueil d’une conception « superstructurelle » du front unique, qui ne propose la politique de front unique qu’aux directions des organisations, et celui d’une conception « basiste », qui ne défend cette politique qu’en s’adressant à la base des organisations. Nous devons ainsi proposer le front unique aux militantEs de base comme aux directions : interpeller les directions syndicales en construisant la pression de leur base sur ces directions pour imposer le front unique, et dénoncer celles qui, parce qu’elles ne construisent pas un plan de bataille général contre la politique de Macron, organisent la défaite.

 

Le Front Social, quant à lui, est un outil important dans la période, et il est certain que nous devons contribuer à le construire. Il rassemble de manière intersyndicale de nombreux secteurs combatifs du monde du travail sur une orientation de lutte de classe. En revanche, pour ne pas être une avant-garde déconnectée de la majorité de notre classe, celui-ci ne doit pas se penser comme un substitut aux syndicats (qui à l’heure actuelle organisent notre classe à une échelle bien plus large que ne le fait le Front Social) mais comme constituant à la fois une force d’interpellation des directions syndicales et un moteur d’initiatives. Aussi, il doit être un cadre où les militantEs du NPA peuvent intervenir à drapeau déployé, pour proposer leur orientation et tenter de gagner à l’organisation les militantEs les plus avancéEs. Il doit mener des campagnes politiques qui répondent non pas aux seules préoccupations des secteurs de l’avant-garde qu’il organise, mais plutôt aux préoccupations de notre classe dans son ensemble. La deuxième impasse que doit éviter le Front Social est de ne pas prendre en charge les questions d’organisation et de démocratie internes. Les prises et mode de décisions doivent être transparents et des règles démocratiques doivent impérativement être décidées pour que le Front Social puisse continuer à se développer.

 

Dans la configuration actuelle, notre tâche est donc double : 1° nous devons nous organiser largement, pour être en mesure de contrer les politiques des directions syndicales et d’entraîner aussi massivement que possible (au-delà de l’avant-garde) lorsqu’un mouvement surgira ; 2° nous devons faire de la propagande, et non uniquement de l’agitation, en direction de cette avant-garde qui a émergé au printemps 2016, pour la gagner au trotskisme.

 

 

3) Intervention dans les luttes féministes et antiracistes

 

Nous  oublions trop souvent que des mouvements d’ampleur peuvent émerger sur la question des oppressions, comme le mouvement Me Too contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre l’a démontré ces dernières semaines. Il faut donc que le NPA intervienne dans les mouvements féministes, LGBTI+, anti-racistes et de soutien aux migrantEs pour y développer une tendance marxiste et pour y faire converger les luttes. C’est par exemple ce que certainEs camarades essaient de faire au sein du Collectif Féministes Révolutionnaires (CFR). Cela signifie développer partout où cela est possible, en même temps que la conscience de classe, une conscience féministe, LGBTI+ et anti-raciste, aussi bien chez les personnes concernées que (et c’est fondamental) dans le mouvement ouvrier, et construire une intervention spécifique sur ces questions. Cela implique également une lutte particulière contre l’islamophobie (comprise comme l’oppression des personnes musulmanes ou perçues comme telles), qui se développe et se renforce avec la montée des idées d’extrême droite et l’instrumentalisation des attentats par l’État. Ces derniers servent de prétexte pour légitimer la politique de répression de l’Etat via l’état d’urgence, finalement constitutionnalisé, et qui touche en premier lieu les personnes racisées, mais aussi à légitimer sa politique impérialiste à l’étranger. Enfin, nous apportons notre soutien à l’auto-organisation des oppriméEs, qui permet la libération de la parole et l’élaboration politique, tout en contribuant à faire converger les luttes pour que les mobilisations s’élargissent et que les revendications avancent.

 

 

4) Internationalisme

 

Le NPA est internationaliste, c’est à dire qu’il ne conçoit pas l’élaboration de sa politique ni son orientation comme se limitant au cadre national hexagonal. Si ce point fait généralement consensus toutes sensibilités confondues, force est de constater que depuis sa fondation, le NPA n’a pas avancé sur ce terrain. Pire, il a reculé dans sa capacité à suivre la situation internationale, à en produire une analyse approfondie, et à favoriser l’échange avec des militantEs révolutionnaires d’autres pays. Cela vient de l’affaiblissement du parti, mais aussi du fait que les relations du NPA à l’international ont été monopolisées par quelques camarades elleux-mêmes membres d’une seule tendance internationale. L’expression du caractère internationaliste du NPA doit changer. Nous devons développer des échanges avec les militantEs et organisations révolutionnaires du monde entier, avec une attention particulière pour les pays où l’extrême gauche joue un rôle actif, ainsi que pour ceux qui subissent directement ou indirectement l’impérialisme français et ses conséquences. Pour cela, une commission internationale doit être relancée, intégrant les membres du CPN et de la direction jeune (SNJ) qui le souhaitent.

 

 

5) Démocratie et formation

 

La démocratie est une condition nécessaire à notre intervention et gage d’un bon fonctionnement interne. Le parti doit s’efforcer de rendre ses instances les plus transparentes possible : non seulement en mettant à jour ses statuts et en les diffusant en interne pour les rendre accessibles à chaque militantE, mais aussi en décidant de règles de fonctionnement systématiques (par exemple, faire des comptes-rendus réguliers des prises de décision des directions à tous les niveaux pour les faire redescendre aux comités, ou encore valoriser les comités en organisant des AGs locales mensuelles avec de vraies prises de décision collectives à leur issue). La démocratie va aussi de pair avec un effort de formation et de pédagogie destiné aux nouveaux/elles membres du parti afin qu’ils et elles puissent se saisir des enjeux politiques internes. La formation garantit des militantEs à la fois conscientEs et convaincuEs, faisant preuve d’une capacité de recul sur leur militantisme. Cela requiert de créer du matériel adapté, de le mutualiser et de donner une nouvelle dynamique à la commission formation.

 

Le militantisme dans un parti révolutionnaire est un combat de longue haleine. Si nous attendons de nos militantEs un engagement à la hauteur de ce qu’un parti révolutionnaire nécessite, la préservation des forces militantes est aussi une question importante (prise en compte des études, du travail, et des conditions sociales, avec un effort particulier pour permettre aux plus exploitéEs et oppriméEs de nous rejoindre et d’être au cœur de notre organisation). Le sur-investissement de quelques militantEs ne suffit pas et n’est pas toujours tenable sur le long terme. De la même façon, si les désaccords entre nous existent et doivent s’exprimer, nous devons maintenir des relations de camaraderie qui garantissent le moral des militantEs, un climat serein des débats et une organisation viable. Les postes importants au sein du parti, les permanentats, la gestion du journal, et plus globalement toutes les tâches politiques, doivent tourner et être répartis équitablement entre les différentes sensibilités politiques, organisées ou non, bien sûr à la proportionnelle de leurs poids respectifs. De même, les porte-paroles sont la voix du parti, et doivent refléter les décisions prises en interne.

 

Enfin, il faut rappeler que si chaque courant et sensibilité doit respecter le cadre collectif qu’est le parti, en contribuant à l’application des décisions prises démocratiquement en interne, le droit de tendance est un droit démocratique fondamental. Ainsi, les questions soulevées par le fonctionnement des tendances ne sauraient se résoudre par des mesures administratives : c’est avec un changement de direction et de gestion du parti qu’on remédiera à la situation actuelle.

 

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