Quelle politique féministe pour la plateforme A?

Ce texte est une contribution au débat pour le bulletin interne de la PfA d’août 2016.

A (Paris 1), F (ENS), L (ENS)

 

Le mouvement féministe aujourd’hui en France est relativement faible et surtout très divisé. Synthétiquement, on peut le schématiser en deux blocs :

 

-d’un côté les féministes héritières des luttes pour la contraception et pour l’avortement des années 70 (ou deuxième vague du féminisme), qui se sont tournées vers un militantisme essentiellement associatif, plus ou moins institutionnalisé et plus ou moins étroitement lié à l’Etat et au gouvernement

 

-de l’autre côté des féministes plus jeunes, plus radicales, qui se sont souvent politisées par l’université ou par internet (ou troisième vague du féminisme).

 

Ces deux blocs sont extrêmement divisés sur les trois questions centrales dans les débats féministes depuis les années 2000-2010 : la question du voile, la prostitution ou travail du sexe et les transidentités (notamment dans la définition de la non-mixité). Si ces deux blocs ne sont pas  à nos yeux équivalents, on peut reprocher au premier son réformisme, son adaptation aux institutions, son manque d’inclusivité, enfin de servir dans certains cas de caution aux politiques racistes et islamophobes de l’Etat, et au second sa politique sectaire et minorisante, son refus de construire un mouvement féministe large (au profit d’une émancipation souvent pensée comme individuelle), et son manque de prise en compte de la question de la classe.

 

Face à cet état du féminisme contemporain, où en est la politique féministe du NPA?

Plusieurs problèmes se posent en fait.

Le premier est à la fois d’ordre organisationnel et politique (l’organisationnel traduisant une certaine vision politique). Le parti ne se donne pas les moyens de mener une réelle politique féministe, et délègue le plus souvent ces questions à la CNIF, qui est dans la situation paradoxale où elle est à la fois non décisionnelle et donc non élue et non proportionnelle aux différentes sensibilités politiques présentes dans le parti, et dans le même temps la seule à se préoccuper de ces questions, donc amenée à jouer un rôle important de consultation pour le CE. Cette situation bâtarde crée de fait un manque de démocratie interne dans la CNIF, qui renforce encore le manque d’investissement des militantEs sur ces questions, mais elle maintient aussi la disproportion entre une CNIF « spécialiste » et un parti totalement ignorant et désinvesti, et ce, en remontant même jusqu’aux plus hautes instances, comme le CE.

 

Le deuxième problème qui se pose concerne l’orientation féministe du parti. Il nous semble en effet qu’il y a eu une déviation dans la politique féministe de la  LCR puis du NPA à partir de la fin des années 90. En effet, si la LCR était en fait extrêmement engagée dans les questions féministes depuis la lutte pour l’avortement, ayant son propre journal féministe, défendant en externe la construction d’un « mouvement féministe large, unitaire, dans lequel pourraient se côtoyer différentes tendances féministes » (Josette Trat), et en interne l’élaboration d’un féminisme à la fois révolutionnaire, en lien avec les questions de classe, mais inclusif et maintenant le dialogue avec les mouvances plus « autonomes » du mouvement féministe, et par là effectuant une synthèse qui nous semble particulièrement intéressante, à partir de la fin des années 90 la LCR puis le NPA cesse de publier les Cahiers du féminisme (symptôme d’un déclin de l’investissement militant sur la question), s’adapte aux associations féministes (qui elles-mêmes sont en train de s’institutionnaliser) auxquelles elle participe, sans chercher à développer ses propres mots d’ordre, se ferme à l’émergence d’une nouvelle génération de féministes.

 

Dès lors, à partir de là, quelle politique féministe pour la plateforme A?

Il faut d’abord défendre le fait que la question des femmes est centrale. Ce qui veut dire que ce n’est pas uniquement une question à part, qui devrait être traitée uniquement par une commission féministe, mais que c’est une question qui rejaillit dans toutes les luttes, et qui doit être prise en charge dans toutes les luttes. C’est pourquoi nous avons défendu dans le cadre du mouvement contre la loi travail le fait de développer des espaces féministes sur les facs, de coordonner ces espaces dans des AGs féministes interfacs, mais aussi de faire le lien avec les femmes travailleuses, en organisant deux grands meetings « Femmes en grève, femmes en lutte ».

Nous avons essayé dans ce cadre de dépasser les clivages du mouvement féministe à l’heure actuelle en ne posant pas d’emblée au débat les trois grands points de clivage qui le constitue, mais en posant comme non négociable la question de l’inclusion des personnes voilées, travailleuses du sexe et personnes trans pour des raisons démocratiques (et aussi de définition du genre qui pour nous est construit et non biologique).

Nous avons aussi également essayé de dépasser les limites du féminisme radical contemporain en défendant la construction d’un mouvement féministe large et ouvert, qui passe par des moments en non-mixité mais aussi en mixité, en lien avec les autres mouvements des oppriméEs. Nous avons souligné la nécessité d’une analyse structurelle et matérialiste des oppressions, et non pas individualisantes et culpabilisantes. Nous avons bien sûr défendu un féminisme révolutionnaire, où le changement pour les femmes ne pourrait passer que par un renversement total des structures de la société. Enfin, nous avons fait le lien avec les questions de classe en passant par une réflexion autour du travail, et notamment du travail des femmes (aussi bien le travail domestique que le travail des femmes travailleuses), ce qui était facilité par le cadre dans lequel se déroulait cette construction, qui était celui de la lutte contre la loi travail.

 

 

Mais tout ceci ne sont bien sûr que les bégaiements de ce que devrait être la politique féministe de la plateforme A et du NPA. Nous devons en effet mener une politique sur deux fronts. Le premier sur les facs et auprès de la jeunesse en général, où il faut construire des collectifs féministes dans lesquels nous défendrons nos propres conceptions féministes, et montrer qu’il existe plusieurs politiques féministes et non pas une seule, comme c’est souvent la croyance aujourd’hui tant le mouvement féministe et le mouvement ouvrier sont divisés. Le deuxième auprès des femmes travailleuses, précaires et au foyer, qu’il faut parvenir à toucher, en tant qu’elles sont travailleuses et en tant qu’elles sont des femmes. En effet, la plateforme A organise déjà des femmes travailleuses, mais sans considération politique de leur statut et vécu social de femmes. Il ne s’agit pas de mettre à tout prix en avant cette oppression, mais plutôt de s’attacher à développer une conscience féministe au même titre que la conscience de classe. Par ailleurs, il faut réussir à toucher les femmes au foyer, en mettant en avant le fait qu’elles réalisent précisément un travail (le travail domestique), en passant par exemple par les crèches, les PMI, les hôpitaux, les plannings familiaux, etc.

 

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